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Emergences

Lettre d'information n° 04

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La recherche à portée de PME

Entreprise spécialisée dans le test logiciel, près de Rennes, Kereval construit sa croissance sur un fort investissement en R&D. Cette stratégie passe par la collaboration avec des chercheurs de l'Inria Rennes-Bretagne Atlantique et l'emploi d'un thésard en contrat Cifre. Pdg et fondateur, Abdelmoula Tamoudi explique le montage.

Entreprise spécialisée dans le test logiciel, près de Rennes, Kereval construit sa croissance sur un fort investissement en R&D. Cette stratégie passe par la collaboration avec des chercheurs de l'Inria Rennes-Bretagne Atlantique et l'emploi d'un thésard en contrat Cifre. Pdg et fondateur, Abdelmoula Tamoudi explique le montage.

"Que se passe-t-il quand un logiciel est utilisé simultanément par 10 000 utilisateurs ? Il faut pouvoir pousser le soft à ses limites pour voir s'il supporte la charge. Notre métier, c'est d'injecter du stress dans les applications de nos clients pour vérifier leur fiabilité. Nous sommes un peu des pompiers du logiciel", résume Abdelmoula Tamoudi. Docteur en mathématiques et lui-même "chercheur dans l'âme", ce diplômé de Supélec a créé la société Kereval en 2002.

En pleine croissance, son entreprise emploie aujourd'hui une trentaine d'ingénieurs. Elle consacre 30% de ses moyens à la R&D. "Mais on ne va pas passer notre temps à refaire le monde alors qu'il existe des ressources, des personnes qui ont déjà travaillé sur un domaine et dont c'est la spécialité. Il faut construire sur l'existant." Dès le départ, l'entrepreneur souhaitait donc s'appuyer sur des laboratoires de la région rennaise pour accompagner son envol. "Le partenariat avec l'Inria a débuté par une rencontre avec Jean-Loïc Delhaye, et Patrice Gelin [chargés des relations industrielles dans l'institut], et Yves Le Traon  [chercheur], à un moment où Kereval avait une idée de recherche. Je leur suis très reconnaissant : ils nous ont donné une chance, à nous qui n'étions alors qu'une petite structure... une PME de seulement cinq personnes. Ce n'est pas forcément dans les usages des laboratoires de travailler avec des entreprises aussi petites. Et eux, ils ont osé ce pari."

Concrètement, la collaboration a pris la forme d'un contrat Cifre. Ce dispositif est un accord tripartite entre une entreprise, un laboratoire et un jeune diplômé qui, pendant trois ans, va préparer une soutenance de thèse de doctorat. Cet étudiant partage son temps entre le laboratoire et l’entreprise qui le rémunère (1), dans le cadre d’une convention de trois ans avec l’association nationale de la recherche technique. L'ANRT fournit à l'employeur une subvention annuelle 14 000 € pour le financement du travail.

"Le doctorant a passé un quart du temps dans le laboratoire. Le reste du temps chez nous. On a pu construire un travail intéressant et sur la durée." Amorcée par un contrat Cifre, la relation entre le jeune chercheur et son entreprise d'accueil s'est prolongée par une embauche, comme cela est d'ailleurs très souvent le cas dans ce dispositif qui tend une passerelle entre l'entreprise et le centre de recherche.  "Nous avons collaboré avec l'équipe de recherche Triskell, mais aussi avec des chercheurs comme Cesar Viho sur [le nouveau protocole internet] IPV6. Actuellement, nous travaillons avec Arnaud Gotlieb, de l'équipe Lande, toujours sur le test logiciel. Au final, c'est une collaboration fructueuse qui nous a aussi apporté de la crédibilité pour aller parler avec d'autres. Quand on devient partenaire d'un institut de recherche, cela contribue à la confiance que certains vont placer en nous : des clients ou des partenaires financiers par exemple. Pour une PME, c'est un élément important, surtout dans une phase de démarrage."

Au passage, Abdelmoula Tamoudi s'avoue volontiers "fasciné par le modèle allemand où les PME peuvent facilement acheter des prestations ponctuelles en R&D, ce qui ne se fait pas autant, ici, en France. On voit là-bas des sociétés qui s'appuient sur les centres de recherche tout en restant très spécialisées sur leur coeur de métier. De ce côté-ci de la frontière, on aurait tendance à la dispersion. Alors qu'il faut plutôt viser l'excellence dans son métier."

Aujourd'hui, Kereval travaille pour de très grands comptes. Parmi ses clients : la Mutualité Française, le CNED, la SNCF, OBS, … ou le ministère du Budget. "Avant de mettre en production, nos clients ont besoin d'avoir l'assurance que l'application va tenir. Exemple : les déclarations d'impôts en ligne. Tout le monde les fait en même temps. Il y a une forte montée en charge." Calculés sur une longue durée, "le test et le debugging représentent 30 à 40 % du coût d'un logiciel. On ne donne pas assez d'importance à cela. On privilégie le développement. En bonne logique, ce n'est pas à la fin qu'on doit tester le produit mais en amont."

Progressivement, l'entreprise s'est dirigée vers le secteur automobile, intégrant d'ailleurs le pôle de compétitivité Automobile Haut de Gamme, commun aux régions Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes. "Aujourd'hui, 30% du coût d'une voiture se situe dans  les systèmes embarqués." Autant de systèmes qu'il faut tester exhaustivement pour des raisons évidentes de sécurité. Mais pour les industriels, l'informatique est aussi un segment de production qui appelle à être davantage rationalisé. C'est dans ce cadre que Kereval a rejoint Autosar (2). Créé en 2003, ce consortium rassemble une centaine de constructeurs, équipementiers, fabricants de composants et éditeurs de logiciels. Son objectif : répondre aux besoins d’interopérabilité, d’interchangeabilité, mais aussi de réduction des coûts de développement. "On évolue vers un standard : un OS stable de l'automobile, une architecture logicielle que tout le monde pourra utiliser dans la filière, y compris les fournisseurs. Jusqu'à présent, quand on développait un régulateur de vitesse, on devait à chaque fois définir des spécificités selon l'OS et les applications d'un constructeur. Maintenant, on se dirige vers une solution utilisable par l’ensemble de la filière." Dans ce mécano industriel, "Kereval a été retenue comme centre de test pour les applications développées dans le secteur. Maintenant, nous voulons aller plus loin en nous positionnant dans le diagnostic et les solutions de supervision."


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Notes :
(1) Dans un contrat Cifre, l'entreprise signe un CDI ou un CDD de 3 ans. Elle verse à son doctorant un salaire d’au moins 23 483 € (salaire annuel, brut, hors charges patronales). Lire aussi : La convention Cifre, passerelle vers la R&D.
(2) Autosar est l'acronyme pour : AUTomotive Open System ARchitecture.

Abdoul Tamoudi et une partie de son équipeAbdoul Tamoudi et une partie de son équipe