Skip to content. | Skip to navigation

Emergences

Lettre d'information n° 13

Image emergences pour impression
Personal tools
You are here: Home 2010 Lettre d'information n° 13 Comment les normes valorisent les recherches
Document Actions

Comment les normes valorisent les recherches

Intégrer les résultats de recherche dans des standards industriels permet aux instituts scientifiques et aux entreprises de diffuser plus largement leurs travaux. À la clé : une meilleure exploitation des brevets, comme l'explique Christine Guillemot, responsable de l'équipe-projet Temics au sein du centre Inria Rennes - Bretagne Atlantique, une équipe scientifique fortement investie dans cette démarche en matière de compression vidéo.

Intégrer les résultats de recherche dans des standards industriels permet aux instituts scientifiques et aux entreprises de diffuser plus largement leurs travaux. À la clé : une meilleure exploitation des brevets, comme l'explique Christine Guillemot, responsable de l'équipe-projet Temics au sein du centre Inria Rennes - Bretagne Atlantique, une équipe scientifique fortement investie dans cette démarche en matière de compression vidéo.

"Chronophage, consommateur d'énergie et très exigeant. Pour une petite équipe de recherche comme la nôtre, aller défendre nos solutions dans les instances où se décident les futures normes, cela demande un vrai effort. Mais pour nous, comme pour les industriels, ce travail s'avère éminemment stratégique," analyse Christine Guillemot (1). A la clé : une plus large diffusion des résultats de recherche et potentiellement des royalties sur les technologies brevetées que les uns et les autres parviendront à intégrer dans les nouveaux standards. "Par exemple, quand le groupe MPEG (2) a retenu la technologie de l'Institut Fraunhofer IIS pour le MP3, cela a donné à nos collègues allemands beaucoup de moyens. Aujourd'hui, leur équipe compte 130 personnes. C'est énorme."

Énormes, les enjeux le sont aussi pour les entreprises. "Lorsqu'elles veulent développer des produits et des services, elles doivent souvent utiliser des brevets détenus par des tiers. Pour cela, elles s'acquittent de droits ou se servent de leurs propres brevets comme monnaie d'échange."  Dans certains secteurs, le passage par la norme se révèle incontournable. "Il existe un fort besoin d'inter-opérabilité entre fabricants, tant pour les produits grand public, que pour des applications professionnelles comme le matériel médical par exemple."  Les chercheurs de Temics sont concernés au premier chef car ils travaillent essentiellement sur la compression vidéo. "Dans notre domaine, toutes les applications audiovisuelles, les systèmes en réseaux, les appareils multimédias mettent en oeuvre des solutions normalisées. Ces standards garantissent la bonne communication entre marques."

Lobbying

À la table des négociations, l'adoption des normes donne donc lieu à d'âpres marchandages. Les constructeurs s'organisent en groupes de lobbying. "Difficile de placer ses propres technologies si un de ces poids lourds fait barrage. Nous mêmes, nous cherchons à nous associer avec des industriels pour être plus forts. Naturellement, ces partenariats débutent très en amont, quand l'entreprise vient nous voir avec un projet de recherche. Pour le standard MPEG 4 Scalable Video Coding, par exemple,  en 2004, nous avons présenté une proposition commune avec Thomson. A partir d'une première solution de codage développée en interne dans l'équipe, nous avons transféré la technologie vers l'industriel. Celui-ci a ensuite fait évoluer le logiciel. Et pour finir, nous sommes allés défendre cette solution ensemble."

Le processus de normalisation peut durer plusieurs années. "Lorsqu'un organisme signale la nécessité d'un nouveau standard, les industriels se concertent pour définir ce qu'on appelle les ‘user requirements’. Il s'agit de recenser les besoins des applications. Compte tenu de leur vision du marché, les fabricants préconisent que le standard incorpore telle ou telle fonctionnalité." L'organisme lance ensuite un appel à propositions. Les solutions en lice sont évaluées de manière comparative durant des tests formels. "La proposition retenue servira de point de départ. Mais durant les 3 ou 4 ans qui suivent, chacun peut continuer à faire évoluer le futur standard en travaillant sur les nombreuses briques de l'algorithme. Nous appelons ce processus le ‘core experiment’. Tout participant peut encore contribuer en travaillant sur tel ou tel aspect en proposant de nouvelles briques algorithmiques. C'est ainsi que nous avons réussi, par exemple, à placer nos outils de décodage robuste dans un des modes de décodage de la partie 11 de la norme JPEG 2000 Wireless", utilisée dans les applications sans-fil.

Soutien au développement logiciel

L'équipe a récemment recruté deux jeunes ingénieurs pour implémenter sa solution d'encodage dans la norme HEVC (3) au sein du groupe MPEG. Il s'agit d'introduire  des méthodes de prédiction spatiale dans l'une des briques d'un algorithme de compression. Le recrutement intervient dans le cadre d'une action de développement technologique  (ADT) pilotée par Laurent Guillo, ingénieur de recherche au sein de l’équipe Temics. Financé sur fonds propres, ce dispositif de l'Inria a pour but premier d'apporter un soutien en ressources humaines au développement logiciel. "Ces ADT permettent de produire des versions plus abouties de travaux susceptibles ainsi d'être mieux transférés dans l'industrie. Mais elles soutiennent aussi nos actions de normalisation. Elles nous permettent de disposer d'une équipe de développeurs suffisante pour mener à bien le gros travail d'intégration nécessaire dans les ‘core experiments‘. Quand nous devons nous confronter aux autres propositions, il nous faut mener des tests très complets. Cela nous conduit à bien finaliser le développement des technologies et à pousser très à fond nos études algorithmiques. Mais au bout du compte, le résultat est plus abouti, mieux consolidé. Quelque part, la normalisation, c'est donc aussi un gage de qualité."

Notes :
(1) Christine Guillemot a débuté sa carrière au sein du CNET (devenu France Telecom R&D) avant de rejoindre l'Inria en 1997.  Le 14 octobre 2010, Michel Cosnard, Président du conseil d'administration de l'Inria, lui a remis les insignes de chevalier de Légion d'Honneur. La distinction a été décernée sur proposition du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
(2) Moving Picture Experts Group. Un groupe de travail de la Commission électrotechnique internationale (CEI) et de l'Organisation internationale de normalisation (ISO).
(3) High Efficiency Video Coding : une norme de codage attendue pour 2012 et dont l'objectif est de diminuer de moitié le débit nécessaire par rapport à l'ancien AVC.

* Temics est une équipe-projet commune entre l'Inria, le CNRS,  l'université de Rennes 1.