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Emergences

Lettre d'information n° 16

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IPv6 Jump Day

Pénurie d'adresses oblige, le protocole Internet IPv4 arrive à ses limites. Le 8 juin 2011, Google et Facebook basculent, pour une journée, sur le nouveau standard IPv6. L'opération préfigure un grand chamboulement auquel beaucoup d'entreprises vont devoir se préparer, comme le confirme César Viho, Professeur de l'université de Rennes 1 au sein de l'équipe-projet Dionysos*, spécialiste en test de protocoles et de la certification sur la nouvelle norme.

Pénurie d'adresses oblige, le protocole Internet IPv4 arrive à ses limites. Le 8 juin 2011, Google et Facebook basculent, pour une journée, sur le nouveau standard IPv6. L'opération préfigure un grand chamboulement auquel beaucoup d'entreprises vont devoir se préparer, comme le confirme César Viho, Professeur de l'université de Rennes 1 au sein de l'équipe-projet Dionysos*, spécialiste en tests de protocoles et de la certification sur la nouvelle norme.

 C'était  en 1981. Au précambrien de l'informatique. En ces temps-là, à peine quelques centaines d'ordinateurs  peuplaient l'ancêtre du réseau Internet. Mais l'espèce était appelée à croître. Pour se donner de la marge, afin d'accueillir un jour bien plus de machines, le protocole IPv4 fut donc mis en place. Chaque poste connecté recevait un matricule composé de quatre décimaux séparés par des points. Par exemple : 193.99.50.61. Cette numérotation à 32 bits permettait d'attribuer plus de 4 milliards de ces adresses IP. Personne ne pensait alors que le stock viendrait un jour à épuisement. Mais la révolution numérique est passée par là. Depuis février 2011, la pénurie s'installe. Tous les pays ont pratiquement consommé leur quota.

 Pour sortir de l'impasse, l'Internet Engineering Task Force (IETF) a élaboré un nouveau protocole. IPv6 utilise une numérotation à 128 bits. De quoi attribuer infiniment plus d'adresses. Pour l'instant, cependant, il n'est déployé que sur moins de 1% du réseau. C'est donc pour inciter les entreprises à migrer que l'Internet Society organise l'IPv6 Jump Day. Le 8 juin 2011, quelques-uns des grands acteurs ayant pignon sur Web vont expérimenter la nouvelle norme, le temps d'un essai.

 

IPv6, il est plus que temps d'y aller

À Rennes, dans l'équipe Dionysos, un chercheur observe l'opération avec un certain intérêt. “Opérer un tel basculement, avec un Facebook ou un Google, pour seulement une journée, je trouve le principe audacieux mais nécessaire afin d'accélérer le déploiement effectif de cette nouvelle technologie, souligne César Viho. En effet, on ne peut pas exclure de mauvaises surprises, mais cela permettra de collecter les problèmes et d’y apporter les solutions concertées. Ceci dit, il est vrai qu'il est temps d'y aller. Des réseaux natifs IPv6 existent déjà en Asie et aux Etats-Unis. Mais en Europe, les entreprises traînent un peu les pieds. Cette belle initiative IPv6 Jump Day peut les alerter sur la nécessité de franchir le pas.

 Qui sera concerné au premier chef par cette grande migration ? “Les opérateurs de télécoms, les fabricants de matériel, les fournisseurs d'accès à Internet, les hébergeurs de sites,  les ingénieurs administrateurs de réseaux, mais aussi les développeurs d'applications. Et cette mutation ne se résume pas à un simple problème d'adressage. Elle impacte aussi sur la façon dont les paquets, c'est à dire les données et leurs entêtes, traversent les réseaux. Donc, forcément, presque tous les protocoles doivent être au mieux changés ou tout du moins adaptés. Pour autant, il ne faut pas nourrir des peurs irraisonnées. Rien à voir par exemple avec le bug de l'an 2000.  Pourquoi ?  Parce que nous ne sommes pas contraints par une date butoire. Les deux protocoles pourront cohabiter.  Des solutions ont été prévues pour cela.” Combien de temps durera cette période transitoire ?  Un an. 5 ans. 10 ans. Personne ne le sait...

 Faire certifier ses produits

À Rennes, l'équipe-projet Dionysos a développé des méthodologies de tests d’interopérabilité et une plate-forme de tests pour aider les industriels de l'ouest (et d’ailleurs) à adopter la nouvelle norme. “Nous sommes le représentant en Europe (1) du programme de certification IPv6 Ready Logo. C'est évidemment une grande reconnaissance des travaux que nous menons depuis plus de 10 ans. Nos tests qui s’appuient sur nos travaux de recherche, se sont avérés très pertinents comparés à d'autres qui pouvaient être plus nombreux mais moins discriminants. Les industriels dont les matériels réussissent nos tests reçoivent un label montrant qu'ils implémentent correctement la norme. Nous avons par exemple certifié un des premiers routeurs IPv6 6Wind et plus récemment le Firewall-UTM Appliances de NETASQ.

 Le centre de recherche n'ayant pas vocation à devenir prestataire de services,  l’activité d’aide à l’exécution des tests a été confiée à la société Silicomp-AQL (2) en 2008. “Généralement les tests s'effectuent en ligne. L'analyse ne se fait plus manuellement car nos travaux ont également permis de développer des outils pour analyser les traces d'exécutions. Un des apports de nos recherches concerne l’utilisation des dépendances causales. Nous identifions les éléments permettant de savoir ce qui s'est déroulé dans le passé à partir de l'observation d'un comportement partiel. Via notre activité, nous sommes aussi en première ligne pour identifier les éventuels problèmes d’incohérence ou d’ambiguïté dans les normes. Ces problèmes, nous les soumettons ensuite aux organismes de standardisation (comme l’IETF pour IPv6) et à nos collègues du département RSM de Télécom Bretagne, à Rennes, et en particulier Laurent Toutain, un pionnier de IPv6 à qui l'on doit notamment le mécanisme de transition DSTM (Dual Stack Transition Mechanism) entre les deux normes IPv4 et IPv6. Nos deux laboratoires sont très complémentaires : eux imaginent des solutions et nous, ensuite, nous les testons.  Cette collaboration a de beaux jours devant elle car l'aventure IPv6 ne fait que débuter. “Ce protocole est pressenti comme l’une des solutions support pour le déploiement de l'Internet des objets (Internet of Things (IoT)) : maison intelligente, véhicules communicants... C'est surtout à ce niveau-là que les particuliers percevront l’apport de cette nouvelle technologie."

Notes :

(1) Les deux autres principaux centres au niveau mondial sont l'InterOperability Laboratory (IOL) de l'Université du New Hampshire, aux Etats-Unis, et le Tahi, au Japon.

(2) Aujourd'hui IT&Labs, filiale de Orange Business Services.

*Dionysos est une équipe-projet commune entre l'Inria et l'université de Rennes 1. Elle est également au sein de l'Irisa.