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Emergences

Lettre d'information n° 19

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Le relief à bon escient

Spécialiste des effets spéciaux et fondateur de l'entreprise Binocle, Yves Pupulin fournit au cinéma et à la télévision des nouveaux moyens pour optimiser la gestion du relief. Mais la stéréoscopie est une technique dont il convient d'user avec modération, comme il l'a expliqué durant la rencontre Inria-industrie sur la télévision du futur, au centre rennais Inria, le 17 novembre 2011.

Spécialiste des effets spéciaux et fondateur de l'entreprise Binocle, Yves Pupulin fournit au cinéma et à la télévision des nouveaux moyens pour optimiser la gestion du relief. Mais la stéréoscopie est une technique dont il convient d'user avec modération, comme il l'a expliqué durant la rencontre Inria-industrie sur la télévision du futur, au centre rennais Inria, le 17 novembre 2011.

La stéréoscopie est une vieille histoire, explique Yves Pupulin. Elle date d'un siècle et demi. Alors pourquoi devient-elle brusquement une révolution ? Parce que deux technologies la rendent aujourd'hui possible. D'abord le motion control.” Le pilotage des caméras par ordinateur. Ce système ajuste au mieux la distance entre les objectifs (entraxe) et leur focalisation (vergence). Il gère aussi tous les paramètres usuels de prise de vue : zoom, diaphragme (1)...  Deuxième technologie : le numérique. Grâce à lui, nous pouvons corriger toutes les imperfections de la prise de vue. Car des défauts existent toujours. Sur les objectifs, par exemple, nous avons de l'aberration chromatique. Donc le traitement d'image en numérique et le motion control sont les deux conditions du succès de la stéréoscopie. On la voit renaître. Elle est dans l'air depuis une quinzaine d'années.

Aujourd'hui, sur les tournages, “les opérateurs s'interrogent : y a-t-il un champ artistique pour le relief ? Cela vaut-il le coup d'en faire... ou pas ? Quand on a créé le cinéma, la première question était de trouver comment reproduire l'illusion du mouvement sans fatiguer le cerveau humain. Dans son film ‘L'État des choses’, Wim Wenders cadrait Samuel Fuller en travelling latéral devant des grilles blanches. Filmer le personnage immobile devant ces grilles en travelling serait purement et simplement insupportable à regarder. Mais comme Wenders demande à Fuller de marcher, celui-ci reste calé au centre de l'image.” Résultat : “l'insupportabilité de la stroboscopie arrière s'estompe. Il en va de même avec les trucages. Pour fabriquer un orage, montrer un éclair, on insère une image complètement blanche, ainsi qu'un plan surexposé du décor puis une image sous-exposée. Mais si je construis un film entier basé sur ce procédé, le spectateur ne pourra pas le voir.” Migraine garantie.

Des outils pour moduler

Mêmes écueils en stéréoscopie. “Une grande imprudence consisterait à faire du relief exagéré dans l'idée de plaire. Prenez le spot des bonbons Haribo au cinéma. Ils surgissent de l'écran. Dans la salle, tout le monde essaye de les attraper. Le spectateur est heureux de les voir bondir en relief. Mais si j'applique ce concept pendant 1h30, au bout de seulement quelques minutes, il n'y a plus personne ! Le confort cérébral du spectateur va limiter l'emploi de la stéréoscopie. Il interdit certaines choses. J'exclus d'emblée tous les points dans le couple d'images ou les couples d'images qui interpellent les différences d'attitudes entre les prises. De même, si je pousse les artefacts de la 2D à leur maximum (enchaînement très rapide, stroboscopie, contraste accentué...), alors, à l'opposé, je dois baisser la stéréoscopie. Ainsi apparaît une possibilité de modulation des valeurs stéréoscopiques que le cinéaste va opérer tout au long d'un film.” En montage ou en régie sur du direct, ce travail est facilité par les outils de Binocledéveloppés dans le cadre du projet collaboratif 3DLive avec Inria, avec les algorithmes de l'équipe Prima de Frédéric Devernay.

S'il semble difficile de contraindre les yeux du spectateur à diverger durablement, “cette divergence doit demeurer ponctuelle. Surtout, il faut qu'elle soit aussi liée à du sens, liée à de l'émotion.” Une question s'invite alors dans le débat : qui dirige le relief sur un plateau ? Le stéréographe ou le réalisateur ? “Le réalisateur !, rétorque Yves Pupulin sans l'ombre d'un doute. C'est lui le premier stéréographe d'un film. Si le cinéaste ne pense pas son film en relief. Alors pas la peine ! Qu'il le tourne en 2D ! Si on fait faire à des gens qui n'en sont pas convaincus des films ou des émissions en stéréoscopie, il n'y a aucune raison pour qu'on obtienne du bon cinéma ou de la bonne télévision. En 2D ou en 3D, un mauvais film reste un mauvais film.

Notes :

(1) Sur une optique, la valeur de diaphragme détermine la profondeur de champ, c'est à dire les zones de flou sur les différents plans d'une image.