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Emergences

Lettre d'information n° 24

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Un outil de pré-visualisation pour les cinéastes

Prototype exploitant les technologies de l'intelligence artificielle, Director's Lens est un logiciel qui aide les réalisateurs à pré-visualiser leur travail mais aussi à tester de multiples possibilités d'angles. Et tout cela avant même le vrai tournage, comme l'explique le chercheur Marc Christie.

Prototype exploitant les technologies de l'intelligence artificielle, Director's Lens est un logiciel qui aide les réalisateurs à pré-visualiser leur travail mais aussi à tester de multiples possibilités d'angles. Et tout cela avant même le vrai tournage, comme l'explique le chercheur Marc Christie.

Pas moins de 10 000 figurants et 5 000 têtes de bétail défilèrent devant les caméras de Cecil B. DeMille pour la scène de l'exode, apothéose du film Les Dix Commandements, dans le désert égyptien, en 1956. Aujourd'hui, les Blockbusters hollywoodiens ne s'aventurent plus guère dans d'aussi pharaoniques super-productions. Mais les coûts du tournage conservent quand même bien souvent des proportions bibliques. D'où la nécessité d'optimiser la phase de préparation. Pour planifier un film, il y a peu encore, le scénario dactylographié et le story-board griffonné au crayon constituaient les seuls outils à disposition du cinéaste. Mais les choses sont en train de changer très vite avec le développement de la prévisualisation. La previz comme on dit dans le jargon.

La technique consiste à créer une version rudimentaire du film à l'aide de logiciels d'animation comme 3D Studio Max ou Maya. Cette maquette basique permet aux réalisateurs d'étudier les projets de scènes, le placement d'acteurs et la position des caméras. Du coup, les tâtonnements, les erreurs et les essais se déroulent avant même le premier tour de manivelle. Résultat : le producteur économise des sommes faramineuses qui auraient été engouffrées par des jours supplémentaires de travail durant le vrai tournage. Mais si la pré-visualisation se généralise dans la profession, elle devient aussi de plus en plus sophistiquée. Et c'est là que Director's Lens entre en action.

Comme l'explique son co-inventeur, Marc Christie (1), ce prototype "aide le réalisateur dans son exploration des multiples possibilités cinématographiques offertes par chaque scène. Son moteur calcule automatiquement tous les points de vue significativement différents pour une scène donnée : plongée, contre-plongée, champ, contre-champ et ainsi de suite.”  Au lieu d'avoir à tester in-situ le positionnement des caméras, le choix de focale et l'ouverture de diaphragme, “le réalisateur a devant lui, sur l'ordinateur, une galerie intelligente de plans. À partir de là, libre à lui de choisir l'option qui correspond le mieux à sa propre conception artistique.” L'intérêt du système tient dans le fait qu'il ne génère pas des suggestions au hasard. “Au fil du temps les cinéastes ont établi toute une série de conventions sur la façon de filmer les plans et les séquences. Notre moteur intègre ce riche canon des règles classiques de la cinématographie mais il s'appuie aussi sur la connaissance qu'il acquiert en analysant les compositions du réalisateur lui-même.”  Autrement dit, il effectue un apprentissage de données directement au contact de l'utilisateur.

Une fois la suggestion validée et le rush monté, le logiciel propose un choix de transitions cohérentes. Là aussi, il existe des règles de passage d'un plan à un autre pour ne pas perturber l'œil et ne pas désorienter le spectateur : toujours faire bouger les acteurs dans la même direction, ne pas intervertir à l'écran les sujets principaux... 

Caméra virtuelle


Mais le réalisateur peut souhaiter s'émanciper de ces suggestions automatiques, affiner la composition, décider de l'améliorer manuellement et ce faisant, revendiquer sa vision d'auteur. “C'est pour cela que Director's Lens possède aussi un périphérique avec suivi de mouvements. En manipulant cette caméra virtuelle, le cinéaste peut étudier d'autres angles ou d'autres choix de focale. Greffé sur l'appareil, un écran à interface tactile permet d'enregistrer le plan, de monter le rush et de l'intégrer dans la séquence. Ensuite, le logiciel calcule à nouveau une série de positions de caméra pour le début du plan suivant. Avec cette façon de travailler, prise de vue et montage participent du même processus. Mais surtout, rien n'empêche le réalisateur de donner libre cours à sa créativité.”  Ce qui constitue un saut qualitatif par rapport aux solutions commerciales existantes.

Marc Christie discerne deux marchés potentiels pour cette nouvelle technologie. “L'un concerne les machinimas, ces films d'animation souvent artisanaux réalisés à l'aide de moteurs graphiques empruntés aux jeux vidéos. L'autre segment, naturellement, c'est l'industrie de la pré-visualisation.”  De jeunes entreprises comme The Third Floor, de Steven Spielberg, ou encore Nvizage, à Londres, se sont taillés un nom dans la réalisation de pré-visualisations très sophistiquées pour les Martin Scorsese, Tim Burton et autres George Lucas. “Notre outil a reçu un accueil très positif chez les professionnels du domaine. Mais il se trouve encore au stade du prototype.”  Des développements supplémentaires sont actuellement envisagés afin de le rendre plus facilement intégrable dans la chaîne logicielle des sociétés de production. Ensuite, Director's Lens pourra faire ses vrais débuts au cinéma.

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Notes :

(1) The Director’s Lens: An Intelligent Assistant for Virtual Cinematography par Marc Christie, Christophe Lino, Roberto Ranon et William Bares.
Marc Christie and Chistophe Lino sont membres de l'équipe de recherche Mimetic, à Rennes.

   
   

Ces suggestions représentent des choix de narration visuelle sémantiquement et cinématographiquement distincts.