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Emergences

Lettre d'information n° 39

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Des outils pour organiser le débat

Membre de l'équipe de recherche Sumo au centre de recherche Inria Rennes - Bretagne Atlantique, le scientifique Christophe Morvan s'apprête à lancer, avec deux associés, Open Agora, une startup élaborant des logiciels innovants dans le domaine de la prise de décision.

Membre de l'équipe de recherche Sumo au centre de recherche Inria Rennes - Bretagne Atlantique, le scientifique Christophe Morvan s'apprête à lancer, avec deux associés, Open Agora, une startup élaborant des logiciels innovants dans le domaine de la prise de décision.

Slack ? Une plate-forme de communication collaborative apparue aux Etats-Unis en février 2014. Succès foudroyant. Un million d'inscrits dont 300 000 utilisateurs payants. Ticket d'entrée : 8 dollars par mois. Les entreprises abonnent leurs employés par services entiers.  Même la Nasa s'en sert pour de la gestion de projets. Pourquoi un tel engouement ? En partie parce que Slack se veut très ouvert. Le site s'intègre avec Google Drive, Dropbox ou Github. Mais il accueille aussi des plugins développés par des tiers pour offrir des fonctions supplémentaires. L'un des prochains sur la liste est conçu à Rennes par Open Agora. Cette startup arrive dans le prolongement de recherches menées au centre Inria.

Nous proposons un outil qui vient s'insérer dans Slack pour permettre d'y organiser des votes. C'est quelque chose de très modeste, mais qui peut s'avérer fort utile, résume Christophe Morvan, le scientifique à l'origine du projet (1). Dans une équipe ou une société, cela permet de se prononcer par rapport à un problème ou simplement sur le choix d'un design de produit par exemple.  Moyennant un dollar par mois, les habitués de Slack pourront donc s'offrir cette fonction qui n'existait pas encore. “Nous avons déjà des utilisateurs pour la version gratuite, qui est une version basique. Ce qui nous permet d'ailleurs de collecter des suggestions et d'intégrer de nouvelles spécificités.” Au-delà du simple vote majoritaire, le logiciel permet aussi d'organiser ce que l'on appelle un vote Condorcet, du nom du célèbre mathématicien. “L'utilisateur peut donc dire : je préfère d'abord l'option D, puis l'option C, puis l'option B, puis l'option A. Cela permet à chacun de s'exprimer de façon nuancée tout en faisant apparaître la solution la plus consensuelle.

Aide à la décision

Après ce plugin de vote, la startup prévoit de lancer un autre logiciel en ligne. Il s'agira cette fois-ci d'un outil pour l'aide à la prise de décision collective. En 1876, l'Américain Henry Martyn Robert publiait un manuel intitulé Robert's Rules of Order. Encore édité de nos jours, ce fascicule codifie les processus de décisions parlementaires. “En fait, il s'agit d'un catalogue de règles pour bien formuler le débat public : les arguments, les contre-arguments, etc. Mais ces ‘rules of orders’ s'avèrent trop complexes pour être mises en pratique dans la réalité. Dans l'équipe Sumo(2), nous avons développé une théorie que nous appelons les grammaires attribuées gardées [LIRE ENCADRÉ] et qui vont trouver ici une application. Nous allons les utiliser pour modéliser ces fameuses ‘rules of orders’.

Ce logiciel déroulera un processus en trois étapes. “La première concerne la discussion. Les participants vont proposer des solutions par rapport à une décision à prendre, émettre des avis sur les solutions proposées, apporter des documents, des éléments factuels à la discussion : des pointeurs, des documents, des images, des sons... Tout ceci de façon très structurée et avec une limite de temps choisie par le promoteur de l'agora. La discussion restera relativement sous contrôle, le but étant de répondre à une question, prendre une décision bien identifiée, bien formulée. Phase deux : le vote. Il peut d'ailleurs concerner des personnes qui n'ont pas pris part à la discussion. Chacun hiérarchise les solutions proposées selon l'ordre qui lui convient. Dernière étape : la synthèse. Elle reprend des éléments de la discussion, elle incorpore des éléments factuels liés au vote lui-même, puis présente tout cela de façon durable, référençable et stable.

L'outil va produire cette synthèse de façon quasiment automatique. Mais, in fine, “c'est au promoteur de l'agora de décider de ce qu'il retient. Il pourra d'ailleurs publier plusieurs synthèses distinctes. Ainsi, un responsable marketing pourra se servir de l'application pour communiquer d'une façon canalisée avec une communauté de consommateurs afin de recueillir les avis sur un produit. Après le vote, il pourra décider de rendre public certaines choses auprès de ses utilisateurs et d'autres uniquement auprès de ses équipes.” À qui s'adressera cet outil ? “Principalement aux entreprises. Dans le cadre de la gestion de projet, il pourra servir à la fois en interne, pour les membres impliqués, et en externe quand il faut, par exemple, discuter avec les clients.” Dérivés des travaux de recherche de l'équipe-projet SUMO, le logiciel doit désormais passer par “une phase de maturation” pour laquelle Open Agora va solliciter une aide technologique de l'Inria.

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Notes :

(1) Maître de conférence à l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée, Christophe Morvan effectue ses travaux de recherche dans des équipes Inria de Rennes depuis de nombreuses années. Il est actuellement membre de l'équipe Sumo. Dans Open Agora, il est accompagné par deux co-fondateurs, Benoît Masson et Olivier Bache.

(2) Sumo est une équipe-projet Inria, CNRS et Université Rennes 1, commune à l'Irisa (UMR 6074).