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Lettre d'information n° 38

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Stéphane Ubeda nouveau directeur à Rennes

Jusqu'alors responsable national du développement technologique d'Inria, Stéphane Ubeda prend la direction du centre de recherche Rennes - Bretagne Atlantique. Comme il l'explique dans cet entretien, son parcours l'a placé constamment au contact des préoccupations industrielles.

Jusqu'alors responsable national du développement technologique d'Inria, Stéphane Ubeda prend la direction du centre de recherche Rennes - Bretagne Atlantique. Comme il l'explique dans cet entretien, son parcours l'a placé constamment au contact des préoccupations industrielles.

Ce qui m'amène ici en Bretagne à la tête d'un centre Inria ? L'envie d'être à nouveau au contact du terrain, en prise directe avec le travail des chercheurs.” Depuis 2009, Stéphane Ubeda pilotait le développement technologique d'Inria au niveau national.  Dans ce type de poste, on met en œuvre des actions transversales qui concernent tout le territoire. On démarre des projets. On les coordonne. On les soutient. Mais on ne se trouve pas forcément sur place pour les voir se déployer et ensuite aboutir. C'est cette proximité, cette continuité, que je souhaitais retrouver.

Début octobre, Stéphane Ubeda a donc pris la direction d'un centre où exercent plus de 650 personnes réparties entre Rennes, Nantes et Lannion.  Évidemment, pour moi, c'est un changement d'échelle. Pendant 10 ans, j'ai dirigé le Citi Lab, le Centre d'innovations en télécommunications et intégration de service que j'avais créé à Lyon en 2000. Mais nous n'étions qu'une soixantaine.

Professeur à l'INSA Lyon, Stéphane Ubeda vient du monde des systèmes distribués appliqués aux télécommunications et aux réseaux. “Dès que je suis devenu enseignant chercheur, j'ai rejoint une équipe Inria. Pendant 15 ans, j'ai été membre du LIP, le Laboratoire de l'Informatique du Parallélisme de l'ENS de Lyon dont le responsable n'était autre que Michel Cosnard devenu plus tard président directeur général d'Inria. J'ai eu aussi l'opportunité de créer ma propre équipe Inria, Ares, que j'ai dirigée pendant 6 ans.” Voilà pour les grandes lignes d'un parcours jamais très éloigné des préoccupations industrielles. “Le Citi est un laboratoire très technologique. Nous nous intéressions aux communications courte distance et au 802.11 à une époque où l'Alliance Wifi (1) n'existait pas encore. Quand à l'INSA Lyon, elle fait partie de ces écoles « polytechniques » qui délivrent des diplômes d'ingénieurs très techniques et fortement appréciés des entreprises. On y trouve à la fois une culture entrepreneuriale et le goût pour les croisements de disciplines. Deux choses qui caractérisent aussi Inria d'ailleurs.

L'image d'une région très dynamique

Premières impressions après la prise de fonction ? “Avant de venir, j'avais l'image d'une région très dynamique. Tout ce que je découvre sur le terrain me conforte dans cette idée. Évidemment la Bretagne a la réputation d'être reconnue comme le laboratoire national pour les télécommunications et les réseaux. Mais en réalité, elle s'est fortement diversifiée. Elle possède des compétences de pointe dans beaucoup d'autres domaines. Elle est très présente sur l'interaction entre le numérique et la santé, notamment en bio-informatique, pour ne citer qu'un exemple. On voit bien qu'elle a énormément d'atouts. Son tissu universitaire est très riche : beaucoup d'étudiants, beaucoup de laboratoires. Elle compte aussi nombre d'entreprises innovantes. Ses métropoles ont obtenu le label French Tech haut la main (2). Certes, la Communauté d'universités et d'établissements Université Bretagne Loire n'a pas été retenue dans le cadre d'Idex, le fonds Investissements d'avenir, initiatives d'excellence (3). Mais c'est un dossier sur lequel nous allons continuer de travailler. Récemment, il y a eu aussi le lancement de l'Institut de recherche technologique B-com auquel nos chercheurs participent d'ores et déjà, même si le modèle de ces IRT demande encore à être un peu affiné en fonction des écosystèmes régionaux.

Stéphane Ubeda s'avoue au passage “impressionné par la forte implication de la Région Bretagne dans le soutien à la recherche. Les représentants de la Région viennent aux réunions scientifiques. Ils expriment des points de vue. Ils ont une ambition recherche très affirmée. On le voit par exemple sur le Pôle d'Excellence Cyber (4) dont Inria est un des partenaires. Pour nous, cette implication est extrêmement valorisante. Et ce d'autant plus que le discours s'accompagne de moyens et d'une forte réactivité.

Illustration : “Il y a quelques temps, nous souhaitions mettre à jour un cluster de calcul basé à Rennes. Nous voulions lui donner une capacité spécifique pour les très gros volumes de données. Nous pensions faire cela dans le cadre du contrat plan Etat-Région, mais cela allait prendre du temps. La Région a décidé de fournir la partie du financement qu'elle prévoyait sans attendre le résultat du contrat plan. J'ai suivi le dossier depuis Paris. J'ai pu constater qu'il avançait très vite. Maintenant que je suis sur place, je remarque aussi que les interlocuteurs ont le contact très direct. Ils n'hésitent pas à prendre le téléphone.

Dans le prolongement de la recherche scientifique, une des lignes d'actions de l'institut porte sur le transfert vers avec les entreprises. “À ce sujet, nous préparons en ce moment l'édition d'un catalogue de toutes les technologies créées par les équipes du centre Inria dans la région. Nous y recensons nos logiciels, nos plateformes et nos savoir-faire. Cela devrait constituer un bon vecteur pour expliquer nos technologies et à ce quoi elles peuvent servir.

Stimuler la R&D des PME

Parallèlement aux partenariats de long terme avec les grands groupes industriels, un des enjeux consiste à mettre la R&D également à la portée des PME. Problème : “Bien souvent, ces petites et moyennes entreprises n'ont même pas le temps de s'arrêter pour y réfléchir. De plus, la conjoncture ne favorise pas toujours les investissements.” Alors comment faire ? “D'abord je voudrais rappeler l'existence du CIR, le Crédit Impôt Recherche. Voilà un très bel outil qui permet de stimuler la R&D des PME, en particulier avec les laboratoires de recherche et les instituts Carnot. Nous pouvons fournir à nos partenaires toute l'aide et les conseils dont ils auraient besoin pour utiliser au mieux ce dispositif. Par ailleurs, parmi les modalités de collaboration, nous développons une formule spécialement adaptée pour les PME : l'Inria Innovation Lab. Il s'agit d'un laboratoire commun entre une PME et une équipe Inria fonctionnant sur une période de 2 à 3 ans autour d’une feuille de route de R&D commune avec un focus technologique très resserré conçu pour avoir un fort impact sur l'avenir de la PME. Inria y investit massivement en faisant le pari que l'entreprise se développera et qu'il y aura un effet de levier.

Pari audacieux ? “Accepter de prendre des risques fait aussi partie de la mission qui nous est assignée par le Gouvernement. Je trouve que l'Inria Innovation Lab c'est un très bon instrument pour favoriser le transfert. L'Agence nationale de la recherche a propose d'ailleurs un programme similaire avec son dispositif LabCom. Ici, en Bretagne, nous avons déjà eu plusieurs de ces laboratoires communs. Nous venons d'en créer un nouveau avec Mensia Technologies, une startup rennaise elle-même récemment impulsée par Inria. D'ailleurs, ces créations d'entreprises portées directement par nos chercheurs sont un autre vecteur de transfert. Nous avons aussi par exemple Mediego,  une startup qui démarre à l'initiative de la chercheuse Anne-Marie Kermarrec - ex-lauréate de l'ERC, ce qui prouve bien, si besoin s’en faut, que l’excellence scientifique ne s’oppose pas avec l’innovation entrepreneuriale.  Nous avons la chance, en France, d'avoir des dispositifs permettant à nos chercheurs de se lancer à moindres risques dans la création d'entreprise. Il faut qu'ils en profitent !


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Notes :

(1) Le consortium Alliance Wifi regroupe aujourd'hui environ 600 équipementiers dans le monde implémentant le standard 802.11.

(2) Le label French Tech est attribué à des métropoles reconnues pour leur écosystème de startups. Parmi les candidates retenues figurent Nantes Tech, Brest Tech Plus  et French Tech Rennes Saint-Malo.

(3) L'Université Bretagne Loire (UBL) est une Communauté d'universités et d'établissements (Comue) qui regroupera 27 établissements de l'enseignement supérieur en Bretagne et Pays de la Loire en janvier 2016.

(4) Le Pôle d’Excellence Cyber vise à structurer sur la Bretagne les activités de recherche liées à la cyber-sécurité. L'un des outils de ce dispositif est le LHS, un Laboratoire Haute Sécurité porté par le Inria, Supelec, la DGA et la Région Bretagne.