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Lettre d'information n° 48

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Mutualiser le développement logiciel pour le pérenniser

InriaSoft vise à pérenniser le développement de logiciels d'envergure en associant leurs communautés d'utilisateurs au sein de consortia qui financeront une équipe d'ingénieurs chargés de leur maintenance et évolution. Le siége d'InriaSoft est basé à Rennes, comme l'expliquent Claude Labit, directeur, et David Margery, directeur technique de cette action nationale portée par la Fondation Inria.

InriaSoft vise à pérenniser le développement de logiciels d'envergure en associant leurs communautés d'utilisateurs au sein de consortia qui financeront une équipe d'ingénieurs chargés de leur maintenance et évolution. Le siège d'InriaSoft est basé à Rennes, comme l'expliquent Claude Labit, directeur, et David Margery, directeur technique de cette action nationale portée par la Fondation Inria.

Environ 1500 références composent la bibliothèque de logiciels d'Inria. Parmi ces prototypes de laboratoire, quelques-uns ont pris de l'envergure, rassemblant autour d'eux de vastes communautés d'utilisateurs. Et c'est là que les choses s’enclenchent. “Inria n'a pas vocation à être éditeur des logiciels issus de ses équipes et qui seraient utilisés par le monde socio-économique, résume David Margery. Les missions d’Inria portent sur la recherche et sa valorisation. Il ne serait pas normal que l'institut continue à consacrer ensuite des ressources à maintenir des logiciels pour des tiers.

L'action InriaSoft vise donc à trouver une solution technique et économique pour continuer à faire vivre ces logiciels sur le long terme. L'idée ? “Mutualiser les ressources, explique Claude Labit. Créer pour chacun de ces logiciels un consortium d'acteurs qui se mettent ensemble afin de bâtir une politique de développement de l'outil et constituer une corbeille de recettes collectives permettant de couvrir les dépenses nécessaires à son ingénierie. Les consortia seront gérés au sein de la Fondation Inria. Cette structure de droit privé à but non lucratif permet à l'institut de mener des actions qui se situent en proximité mais en dehors de son cœur de métier (1).

Toutes proportions gardées, ce que nous voulons faire ressemble aux fondations qui existent déjà dans le domaine de l'open source : Linux, Apache, Eclipse, etc., ajoute David Margery. Certes, le montage diffère un peu, mais on retrouve ce concept où une fondation vient soutenir le développement du logiciel.

Quelles sont les applications concernées ? “Nous instruisons, à ce jour, une quinzaine de dossiers, précise Claude Labit. Ce sont des logiciels qui nous paraissent importants du point de vue scientifique, mais aussi parce que des acteurs externes à lnria utilisent, souhaitent utiliser ou développer ces outils avec nous. Cette marque d'intérêt externe constitue un indicateur important de l'envergure et du caractère ouvert du logiciel.

Le dispositif concernera d'abord, en 2017, quatre logiciels. “Ce sont les plus avancés dans la constitution d'un consortium. Nous commencerons par Coq, un assistant de preuve. Nous incubons aussi Sofa, un logiciel de modélisation multiphysique plutôt orientée vers la simulation médicale. Viendront ensuite Pharo, un outil situé dans le domaine des langages, et MMG, utilisé pour le calcul scientifique, le maillage, la modélisation. Ces choix reflètent par ailleurs la grande diversité des réalisations d'Inria.

Fonds d'amorçage

Chaque consortium va rémunérer un ou plusieurs ingénieurs. “Certains consortia souhaitent démarrer directement avec deux ingénieurs. D'autres ont déjà la perspective d'en avoir trois.” Reste à trouver les ressources pour couvrir cette masse salariale. “Tous n'ont pas encore atteint l'équilibre économique. La Fondation Inria va donc abonder l’action InriaSoft via un fonds d'amorçage qui pourra permettre une phase d'incubation d'environ deux ans pour chaque consortium. La Région Bretagne et Rennes Métropole ont décidé de contribuer aussi à ce fonds puisque le siège d’InriaSoft est localisé à Rennes. Nous tablons sur une vingtaine de consortia à l'horizon 2025. Cela représenterait au minimum 25 personnes.” Mais toutes ne seront pas forcément basées à Rennes. “Certains ingénieurs au profil scientifique et intervenant plutôt dans l'algorithmique du cœur du logiciel travailleront peut-être à proximité immédiate des équipes de recherche génératrices de ces outils, remarque David Margery. À Rennes, nous aurons les ingénieurs au profil plus généraliste pour tout ce qui touche à l’édition et au support du logiciel.

Malgré la nature hétérogène des logiciels, il existe “de vrais points communs dans tous les besoins d'industrialiser la production : comment on gère les tickets de support, comment on sort une nouvelle version, comment on réalise les tests de qualité, etc. Il y a tout un processus d'édition logicielle qui comporte beaucoup de facettes et que nous allons tendre à uniformiser pour atteindre des standards de qualité.

Une gouvernance au cas par cas

La diversité des cas de figures se retrouve aussi au niveau de la gouvernance des consortia. “Les communautés sont très variées. Certains logiciels intéressent plutôt des industriels. D'autres concernent surtout le monde académique. Parfois aussi, un grand nombre de co-développeurs indépendants contribuent à la dynamique du logiciel et veulent participer à l'élaboration de la feuille de route. Dans certains cas, le logiciel reste au cœur des préoccupations de l'équipe. Dans d'autres, il a fini sa vie en tant qu'objet de recherche et l'équipe ne souhaite pas rester très impliquée. Donc, on ne peut pas organiser la gouvernance de la même façon. Nous faisons beaucoup de sur-mesure pour trouver l'équilibre entre l'intérêt des uns et des autres.

À noter enfin qu'InriaSoft prévoit aussi des modalités de sortie. “Si un consortium n'atteint pas la stabilité à l'échéance fixée, nous devrons nous poser la question de l'utilité de continuer à incuber quelque chose qui n'est pas économiquement viable, constate Claude Labit. Nous envisageons également des sorties 'positives' si un consortium s'éloigne de la philosophie initiale. Il peut y avoir un glissement dans lequel les adhérents deviennent non plus des acteurs agissant pour le bien commun mais plutôt des clients à la recherche d'une simple prestation de services. Si l'on entre dans une relation d'affaires, il faudra se diriger vers un modèle économique complètement différent. L'incubation du consortium aura été alors une première étape avant un transfert vers des acteurs industriels ou la création d'une startup autour du logiciel.

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Note :

(1) La Fondation Inria mènera différentes activités de valorisation de travaux scientifiques avec, en particulier, des Prix Inria, l'accueil de chaires internationales et Software Heritage, une action en collaboration avec l'Unesco pour la sauvegarde du patrimoine mondial du logiciel.