Skip to content. | Skip to navigation

Emergences

Lettre d'information n° 27

Image emergences pour impression
Personal tools
You are here: Home 2013 Lettre d'information n° 27 Deux interlocutrices pour le transfert
Document Actions

Deux interlocutrices pour le transfert

Nouvellement arrivées au centre rennais d'Inria, Laure Aït-Ali et Marie-Christine Lancien y sont chargées de faciliter le transfert des technologies des équipes de recherche vers le tissu économique. Elles expliquent ici les multiples facettes de leur travail.

Nouvellement arrivées au centre rennais d'Inria, Laure Aït-Ali et Marie-Christine Lancien y sont chargées de faciliter le transfert des technologies des équipes de recherche vers le tissu économique. Elles expliquent ici les multiples facettes de leur travail.

Mon métier jusqu'à présent ? Accompagner les projets de créations d'entreprises de technologies innovantes.” Après 8 ans passés à la technopole de  Rennes Atalante,  Marie-Christine Lancien connaît autant les acteurs économiques que les rouages de la R&D. C'est ce travail de mise en réseau et de conseil qu'elle vient poursuivre à Inria. Elle y sera désormais l'interlocutrice privilégiée des PME. À ses côtés : Laure Aït-Ali qui coordonne les partenariats avec les grandes entreprises. “J'arrive du centre Inria  Paris - Rocquencourt où depuis 5 ans j'accompagnais les projets d’innovation, et en particulier les projets de création d’entreprise et de transfert technologique vers les PME notamment.” Cela dit, Rennes ne lui est pas inconnue. Elle y a soutenu sa thèse. Ses travaux auraient pu la conduire vers des recherches en imagerie médicale. Mais elle en a décidé autrement. “Avec ma double casquette ingénieur – docteur, je me suis très vite intéressée aux passerelles à créer entre recherche et industrie. Je me vois un peu comme une traductrice qui doit pouvoir parler deux langues. Celle des scientifiques, pour bien comprendre de quoi il est question dans un résultat de recherche. Et aussi celle de l'industriel dont il faut appréhender les problématiques, les contraintes, les besoins.”

Tout commence parfois par un coup de fil. “En janvier, un chef d'entreprise me contacte, témoigne Marie-Christine Lancien. Il se heurte à un problème. Ne connaîtrais-tu pas un spécialiste en traitement du signal ? J'organise une réunion. L'entrepreneur rencontre trois chercheurs pour voir si une collaboration peut s'élaborer. Il a devant lui une palette complète de compétences. Naturellement, il faut qu'il y ait un problème scientifique à la clé. Il ne s'agit pas pour Inria d'intervenir comme un bureau d'ingénierie.

5 contacts sectoriels

Le tissage de connexions ne s'opère pas uniquement sur le bassin régional. “Une entreprise de Lannion peut avoir besoin d'une compétence située dans un autre centre, à Grenoble ou à Nancy par exemple. Dans ce cas, je fais la passerelle vers l'un de nos contacts sectoriels. L'institut dispose de cinq responsables du transfert technologique pour couvrir les différents domaines industriels (1).

Un autre aspect de ce métier concerne la détection des technologies prometteuses puis les actions susceptibles de faciliter leur adoption. “Il faut acquérir une bonne vision de ce qui se passe dans les équipes, explique Laure Aït-Ali. Nous étudions les rapports d'activité. Nous dialoguons avec les chercheurs. Nous nous renseignons sur les prototypes. Pour cela, nous nous appuyons sur les ingénieurs du service expérimentations et développement (SED). Nos collègues ont une excellente vision des logiciels et de leur maturité.

Reste ensuite à qualifier le potentiel d'un résultat de recherche. Mais aussi à déterminer la meilleure façon de le valoriser. C'est le début d'un long enchaînement d'interrogations : “En quoi la technologie est-elle nouvelle ou originale ? En quoi est-elle meilleure que l’existant ? Le logiciel présente-t-il une forte dépendance à un environnement spécifique ? Quelle est la barrière à l’entrée ? Est-il facile de recruter des personnes compétentes autour des technologies utilisées dans le logiciel ? Possède-t-on la propriété intellectuelle sur l'intégralité du logiciel ?” Quand la question se fait pointue, un réseau de spécialistes peut être activé. Notamment, au siège d'Inria : le responsable du patrimoine logiciel (2) et le responsable brevet  (3).

Un Inria Innovation Lab

Quelle forme prendra ensuite la collaboration ? “Il peut s'agir d'une mission d'expertise, d'un contrat de recherche bilatéral, d'un projet collaboratif (Europe, pôle de compétitivité, ANR...) ou encore d'un Inria Innovation lab, répond Marie-Christine Lancien. Ce nouveau dispositif se met en place pour approfondir les liens entre les PME et Inria.” Pendant 3 ans, les deux partenaires travaillent sur une feuille de route commune afin d'intégrer des résultats de recherche dans les produits de l'entreprise. À Rennes, un Inria Innovation lab fonctionne déjà avec Artefacto dans le domaine de la réalité augmentée. En Bretagne, “un autre devrait voir le jour prochainement dans la bio-informatique. Nous déposerons par ailleurs un dossier auprès de l'Agence nationale de la recherche. L'ANR s'apprête à soutenir financièrement des projets dans le cadre de ces nouveaux laboratoires communs. Nous attirons aussi l'attention des PME sur le crédit impôt recherche, une formule doublement intéressante pour une entreprise travaillant avec un laboratoire de recherche publique.

Néanmoins, dans certains cas, le spectre potentiellement couvert par une nouvelle technologie ne correspond pas à l'activité d'une entreprise déjà en place, la technologie engendre une rupture trop forte par rapport à l’existant. “Quand les industriels possèdent déjà des solutions qui fonctionnent, ils sont parfois peu enclins à vouloir changer pour une innovation n'ayant pas encore fait ses preuves sur le marché,” résume Laure Aït-Ali.  Comment contourner cette difficulté ?  “Souvent par la création d'une startup car elle permet d'effectuer un ‘proof of concept’ sur le plan économique. La création d’entreprise est un vecteur de transfert qui a également l’avantage de coupler en général la technologie et son inventeur. Son principal moteur reste néanmoins la motivation des scientifiques d’aller vers cette voie particulière” En cas de réussite, il n'est pas rare d'assister ensuite à un rachat de la jeune structure par un plus gros acteur économique.


-----------
Notes :
(1) Cinq secteurs de transfert :
- Télécoms, réseaux, multimedia
- Aéronautique, défense, spatial, sécurité
- Edition de logiciels, systèmes embarqués
- Santé, sciences de la vie, biotechnologie
- Energie, transport, développement durable.
(2) Patrick Moreau.
(3) Céline Serrano.